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avril 18, 2017

LES CONDYLOMES : IST MECONNUES DE LA POPULATION QUI GÂCHENT DES VIES

Le jeudi 30 Mars 2017, Fofana Issouf (FI et c’est un nom d’emprunt), jeune commerçant et homosexuel vivant dans la commune d’Adjamé à Abidjan accepte d’accorder à la rédaction d’Alternative CI. Cet entretien va aborder un sujet peu connu des populations LGBTI (Lesbiennes Gays Bisexuelle Transgenre Intersexe), voir même de la population en générale en Côte d’Ivoire pour ne pas élargir cela à toute l’Afrique entière : les condylomes.

D’après Dermato-info, les condylomes  ou verrues génitales sont l’une des manifestations de l’infection génitale virale par le Papillomavirus humain (human Papillomavirus ou HPV). Ils sont considérés comme la plus fréquente des infections sexuellement transmissibles après l’infection à chlamydiae… Aussi, les condylomes peuvent se situer au niveau de la bouche, au niveau de l’anus et surtout au niveau des parties génitales tant chez l’homme que chez la femme.

Alternative CI : Bonjour monsieur, comment allez-vous et pouvez-vous vous présenter ?

FI : Moi c’est Fofana Issouf et je suis commerçant vivant à Adjamé et je ne vais pas très bien comme vous pouvez le voir.

ACI : De quel mal souffrez-vous ?

FI : Je souffre de condylomes avancés au niveau de l’anus et cela depuis 2 ans.

ACI : 2 ans ? Pourquoi avoir attendu si longtemps et ne vous êtes-vous pas rendus le plutôt possible à l’hôpital ?

FI : Non, j’ai cru souffrir de l’hémorroïde au début. J’avais donc décidé de traiter ce mal traditionnellement jusqu’à ce qu’un jour je me rende compte que cela n’avait rien à voir.

ACI : Comment cela se manifeste ?

FI : J’ai des saignements au niveau de l’anus, souvent du sang ou un liquide jaunâtre. Je sens quelque chose pousser dans l’anus jusqu’à boucher mon rectum. Je n’arrive plus à aller à la selle correctement  et je suis obligé de prendre des laxatifs afin rendre liquide mes excréments. Je n’arrive plus à avoir le sommeil car la douleur la nuit est insupportable.

ACI : Avez-vous fait part de votre mal à vos parents ?

FI : Effectivement ils sont et il y a longtemps que je traine la maladie. Tout le monde s’est éloigné de moi, me laissant dans la solitude. Je fais seul mes courses, toutes mes activités seul avec la souffrance que je vis au quotidien. Là comme vous le constatez, je m’assoie difficilement à cause de la douleur à l’anus. Par la grâce de Dieu, j’ai rencontré l’un des éducateurs de pairs de l’ONG Alternative CI du nom de Koffi (aussi un nom d’emprunt) qui m’apporte son aide aujourd’hui et cela je lui dis grandement merci.

ACI : Mais pourquoi vos parents se sont-ils éloignés de vous ? Était-ce en rapport à la maladie ou du fait aussi de votre homosexualité ?

FI : C’est vrai qu’il y a le fait qu’ils me savent homosexuel mais il y a la maladie aussi car mes parents craignent que je les contamine alors que ce mal n’est pas contagieux. Certains de mes parents refusent de m’apporter assistance car ils ont appris que je suis homosexuel tout simplement.

ACI : Comment faites-vous alors ? Est-ce que vous suivez un traitement approprié afin de calmer, sinon guérir de ce mal qui vous ronge ?

FI : C’est maintenant que j’ai commencé à prendre un traitement correctement. Depuis 2 ans, je ne me traitais qu’avec de l’indigénat. C’est vrai que ça allait de mal en pire mais j’insistais dans l’espoir de guérir. Aujourd’hui avec Alternative CI, je me suis rendu à l’hôpital pour suivre un traitement adéquat. Il faut dire que c’est à la clinique de Confiance de Marcory où ce mal m’a été révélé et vu la quantité de sang que j’ai perdu (on m’a dit que je souffrais d’anémie sévère), le médecin m’a administré un traitement à suivre. Il faut aussi dire que c’est la clinique qui est la plus outillée relativement à la question des condylomes, pour ne pas dire tout ce qui touche à la proctologie  en direction des homosexuels. Néanmoins, vu le stade très avancé de ma maladie, les médecins de ladite clinique ont estimé qu’ils ne pouvaient plus intervenir et m’ont référé au CHU de Treichville. Je m’y suis rendu  avec Koffi et on m’a fait savoir qu’il me faudrait une intervention chirurgicale urgemment.

ACI : Une question qui nous vient à l’esprit Issouf, comment penses-tu avoir contracté cette maladie ?

FI : C’est un peu compliqué car je ne sais pas comment je l’ai contracté. Je dois dire que lorsque j’ai commencé à ressentir les douleurs et constater les saignements,  je sentais qu’il y avait des choses qui poussaient dans mon rectum.

ACI : Avez-vous déjà eu à prendre des risques comme par exemple avoir des rapports sexuels non protégés ?

FI : Bien sûr comme beaucoup d’homosexuels, j’ai eu à avoir des rapports sans utiliser le préservatif.

ACI : Quels conseils, sinon que pouvez dire aux personnes qui vous liront, à l’endroit des homosexuels et voir plus à l’ensemble de la population en générale ?

FI : Je vous remercie déjà pour la lucarne que vous avez eu à me donner et je tiens à dire à tout le monde que les condylomes existent et n’ont rien à voir avec le Kohoko (hémorroïdes). Toutes les personnes qui ont eu à en faire l’expérience savent de quoi je parle. Avec tout ce que j’ai vu à l’hôpital avec les médecins, je dirai qu’il ne faut pas avoir des rapports sexuels non protégés et éviter par exemple de faire l’amour dans le noir et sans protection, cela surtout lorsque le partenaire est occasionnel. Ce manque de vigilance nous expose aux Infections Sexuellement Transmissibles et surtout au VIH. Pour finir, lorsque nous sentons un mal, n’attendons pas que la situation s’aggrave pour nous rendre à l’hôpital car à la fin, nous souffrons beaucoup plus et cela affecte aussi nos proches.

ACI : Merci bien et beaucoup de courage à toi. Nous osons espérer que votre opération se déroulera avec succès et que vous pourrez reprendre normalement le cours de votre vie.

FI : Je vous remercie.

Lorsque nous mettions cet article en ligne, notre cher ami était en salle d’opération au CHU de Treichville.

Ulrich KONAN

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